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MàT - Economies - Bernard Madoff

Posté par Accessoire le 28/03/2024 pour le secteur DMZ
🌍 Article public

Si vous n’avez pas vécu dans une cave ces quinze dernières années, vous avez certainement entendu parler de celui qui est considéré comme le plus grand arnaqueur du siècle, Bernard Madoff. Tombé en 2008 suite à une dénonciation de ses fils, il a été condamné à 150 ans de prison. On estime le préjudice subi à des dizaines de milliards de dollars. Il est récemment mort en prison à l’âge de 82 ans alors que seule une partie des milliards a été remboursée aux investisseurs (de l’ordre d’un quart à la moitié de la somme perdue).

Je vous propose de creuser un peu afin de comprendre ses méthodes et ce qu’il s’est passé dans ce fond de gestion dont l’histoire a défrayé la chronique. A noter qu’il existe aussi le film Madoff le monstre de la finance si vous souhaitez en savoir encore plus sur le sujet.


L’homme



Quelques mots sur l’homme avant tout. Bernard Madoff est né dans le Queens à New York en 1938. Après des études en science politique et une tentative infructueuse en fac de droit, il fonda en 1960 la Bernard L. Madoff Investment Securities LLC (BMIS) avec son argent personnel, un prêt et le carnet d’adresses de son beau-père.

La firme se spécialisant dès le départ sur les marchés OTC, il se fit vite un nom en étant un des premiers à intégrer les nouvelles technologies de l’informatique et des communications. Le but était de rentrer en compétition avec la NYSE en alignant ses prix à des vitesses hors compétition pour l’époque, soit à toute heure et pour moins cher. Il rénova la Cincinnati Stock Exchange dans les années 1980, l’équipant des dernières technologies afin d’en faire la première bourse électronique moderne.

Les technologies que BMIS à aidé a développer sont devenues les fondements du National Association of Securities Dealers Automated Quotation Stock, le NASDAQ pour les intimes. L’entreprise fut aussi l’une des cinq sociétés de courtage à avoir été engagée pour améliorer le NASDAQ. Madoff siègea également dans le conseil des gouverneurs du NASDAQ et en sera le président de 1990 à 1993 participant activement à faire de cet outil ce qu’il est aujourd’hui, un colosse désormais !

Bernard Madoff c’était LE golden boy, une légende vivante, un visionnaire, un innovateur, capable de faire la pluie et le beau temps sur les marchés. Il a même été pressenti comme un des favoris pour être mis à la tête de la puissante SEC, le gendarme financier américain.

Au top de la gloire de son directeur en 1989, BMIS représentait 5% du volume des échanges du NYSE et 10% en 2008 juste avant sa chute. L’entreprise employait environ 200 employés entre NY et Londres, mais seulement douze d’entre eux étaient dédiés à la fraude dans le département de conseil financier de BMIS, endroit où se logeait justement celle dont nous allons parler et qui a entraîné la chute de l’homme.


L’image

Officiellement, au sein de la division conseil de BMIS, Madoff utilisait une stratégie appelée split-strike conversion aussi appelé un collar ou de façon plus philosophique un « vacation trade ». En substance, cela consiste à prendre des positions longues sur un actif et acheter des outils de couverture financière. Ces outils sont appelé des options, elles sont utilisées pour de la spéculation comme dans la gestion de risque.

La stratégie repose sur le fait de couvrir les fluctuations de l’actif sous-jacent avec d’un côté une obligation de vente si le plafond haut est atteint et de l’autre côté un droit de vente si l’actif passe sous un certain palier. En somme cela permet de changer la courbe de profit de l’actif comme illustré ici :



Cette technique n’est pas propre à Madoff et est encore couramment utilisée. Elle place un plafond au gain tout comme un plancher a la perte, c’est également le plafond au gain qui finance le plancher à la perte.

C’est avec cette stratégie que Madoff attirait le client et, si l’on regarde son historique sur 17 ans, on se retrouve avec un retour sur investissement total de 557% avec une stabilité impressionnante. En effet, Madoff promettait des retours de l’ordre de 8% à 12% par an, ce qui est bon mais pas exceptionnel. Mais par contre, il délivrait cette performance quelques soient les mouvements du marché et ça c’était exceptionnel, c’est d’ailleurs ce qui a mis la puce à l’oreille de quelque personnes bien avant sa chute.

Ce n’était pas son seul outil pour attirer de nouveaux clients, il vendait son fond comme exclusif, il ne suffisait pas d’être riche ou puissant, il fallait être dans ses petits papiers pour rentrer. Madoff était envié et vénéré, peu osaient le critiquer étant donné son historique et ça il le savait. Ses connaissances en finances lui ont ouvert beaucoup de portes, il était difficile d’aller contre son influence.


La réalité

L’argent collecté pour le fond n’a jamais été investi par BMIS, Madoff se servait de l’argent des nouveaux arrivants afin de financer les dividendes et le retrait des anciens clients du fond. Cet argent était en fait placé en banque et générait lui-même des dividendes qu’il utilisait pour son montage aussi.

La crise de 2007-2008 signa la fin de BMIS. En effet, l’arrivée de nouveaux investisseurs se mit à ralentir suite à la crise financière et le départ des anciens membres s’accéléra pour justement éponger cette crise. Les temps étant très incertains, il était difficile de savoir quel(s) fond(s) ou quelle(s) banque(s) ressortirait indemne(s) de cette crise et les investisseurs préférèrent se rétracter.

Suite à ce déséquilibre entre les entrées et les départs, il devenait impossible pour Madoff de continuer son système. Sachant qu’il ne pourrait jamais emprunter assez d’argent pour relancer la machine et survivre jusqu’à ce que la crise passe, il décida de solder les comptes privilégiés et ceux de ses proches, avant de décider d’enfin tout dire à ses deux fils. Travaillant eux-mêmes dans le fond, ils fûrent choqués. Il leur annonça qu’il était terminé et que toute cette opération n’était rien d’autre qu’un gigantesque schéma de Ponzi. Ses fils le dénoncèrent le jour-même à la SEC qui l’arrêta le lendemain, le reste est une histoire de tribunal.




La méthode

Mais comment a-t-il réussi à échapper aux autorités de contrôle ?

Sans rentrer dans les détails techniques, voici un résumé. Dans un hedge fund typique ou une entreprise de gestion de fond, il existe un certain nombre de départements ayant des tâches bien précises, ils travaillent ensemble mais jouissent quand même, en théorie, d’une large indépendance vis-à-vis les uns des autres, ceci afin d’éviter les conflits d’intérêts, la fraude et de garantir un bon reporting des activités. Le gestionnaire d’investissement va gérer les actifs, l’administration du fond va se charger de calculer la valeur nette de celui-ci, les dépositaires s’occupent de la vérification de la bonne propriété et de l’existence des actifs, les courtiers vont réaliser les opérations, etc...

Chez Madoff, tout était contrôlé par un tout petit nombre de personnes en interne, sans contrôle externe et la ségrégation des activités n’était pas la norme. Ceci sans mentionner que des membres de la famille de Madoff étaient situés à la majorité des postes-clé de l’entreprise, permettant une main-mise complète de Madoff sur le fond.

De plus, dans une structure de ce type, il y a normalement des contrôles par des audits indépendants et externes. Hors la division conseil de BMIS, mandatée et gérant des dizaines de milliards, était auditée par une firme comptable de seulement trois personnes dont un unique comptable.

Pour passer sous les radars des analystes, les clients n’investissaient pas chez Madoff directement, ils investissaient dans un autre fond qui va servir de feeder fund (fond d’alimentation ou nourricier). Ensuite, un mandat de la part de ce fond sera délivré à Madoff pour le gérer et l’argent sera transféré de l’un à l’autre.

Par contre, ces feeder fund étaient gérés de façon professionnelle et audités par de grandes firmes tout à fait respectables afin de donner confiance à l’investisseur final. Ces fonds n’avaient d’ailleurs pas d’autre choix que de se baser sur les éléments financiers venant de Madoff et les rapports d’audit venant de la micro-firme comptable citée plus haut, car ils n’avaient accès à aucun autre document. Cela peut sembler simple à première vue, mais en 2006 la SEC a lancé une enquête suite à des allégations et des soupçons sérieux que l’empire Madoff serait en réalité un schéma de Ponzi. L’enquête se termina en 2007 sans trouver la moindre fraude, la SEC fut d’ailleurs lourdement critiquée là-dessus et des mesures ont été prises depuis, de là à dire qu’elles ont été efficaces, nous ne le saurons que dans quelques années.


Conclusion

Le système Madoff n’est en réalité qu’un gigantesque schéma de Ponzi, et même les meilleurs financiers du monde sont tombés dans le panneau, y perdant des plumes, c’est dire à quel point il peut être difficile de déceler correctement ce genre de pratiques.

C’est une leçon extrêmement coûteuse qui devrait résonner pendant encore longtemps. Mais cela rappelle une chose, c’est que rien ne vaut une analyse en détails et ceci ne peut se faire qu’avec de la transparence, car il suffisait de se montrer trop curieux envers Madoff pour que les portes se referment aussi vite qu’elles n’avaient pu s’ouvrir. Mais qui aurait voulu prendre ce risque avec un personne aussi puissante et auréolée que lui ?

Bien que durant le temps où le fond était opérationnel, certaines banques et analystes aient blacklisté Madoff et ses feeder funds de leur liste d’investissement, ceci dû au manque de transparence et à l’inexplicabilité de ses rendements, ce ne fût néanmoins pas assez pour mettre un terme à cette arnaque.

A l’origine, les pertes estimées étaient d’environ 50-60 milliards de dollars, cela varie en fonction des méthodes de calculs. Mais l’estimation actuelle a été diminuée à un peu moins de 20 milliards de dollars répartis sur des dizaines de milliers de victimes. Heureusement, plusieurs initiatives existent afin de récupérer les fonds pour les victimes, notamment le Madoff Victim Fund, mis en place par le département de la justice US et qui a permis de redistribuer 4,2 milliards à près de 40.000 victimes, soit un impressionnant 91% de leur objectif.

Une autre initiative, privée cette fois, le Madoff Recovery initiative a de son côté récupéré 14,6 Milliards à la date du 23 janvier 2024 à l’aide de saisies, de négociations et de poursuites judiciaires. Mais ces montants sont exceptionnels par rapport à la perte. Et pour terminer...


Si c’est trop beau pour être vrai, c’est que c’est probablement le cas.


Auriez-vous investi chez Madoff ? Connaissiez-vous son histoire ?

3 commentaires
Fourbi
()
je suis beaucoup trop frileux pour investir la dessus même avec autant d'element probant.
et puis je suis pas assez riche.

On enr eviens a l'article sur les crises financières. malgré les controles, il y'en a toujours qui savent comment biaisé le système.

est-ce que suite a cette affaire de nouvelles regulations ont été mises en place?



encore un bel article.

PS : quand j'ai lu le titre de l'article j'ai pensé a la chanson du dimanche.
On est mercredi MAIs quand meme :
https://www.youtube.com/watch?v=Df74RYasseo&ab_channel=nakoneczny3
Machin
()
Dénoncer aux autorités par ses fils ?!? Triste fin. Pourquoi l'ont-ils faits ? Suite à cela, l'un est de ses fils a été accusé d'avoir bénéficié des manipulations financières de son père et se suicide (wiki). Je vois qu'il est devenu une vedette en prison. Il a fait main basse sur du chocolat chaud qu'il revendait plus cher aux autres détenus. Malade, il bénéficie d'une grâce et meurt 1 ans après.

Bel article, je ne le connaissais pas.
Barda
()
J'ai beau essayer de comprendre, mais je n'ai aucun respect pour tous ces gens qui créent leur richesse sans rien apporter au monde. Je ne pige pas ce rapport malsain qu'on peut avoir avec l'argent où on en veut toujours plus, quitte à niquer la terre entière. Je connais des gens qui ont beaucoup de fric, mais ils courent tellement après ça tout le temps que j'ai l'impression qu'ils sont pauvres.
Bref, j'ai hâte qu'on change de sujet. "Schéma de Ponzi", "hedge fund, "split-strike converion"... c'est bien simple à chaque fois que je lis le champs lexical de la finance dans les derniers articles, j'ai l'impression de sortir de Questions pour un Champion en ayant gagner le Petit Larousse des trous du cul. 😑
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